Éducation Mondiale
pour les Canadiens

Outiller les jeunes Canadiens
pour leur réussite au Canada
et à l’étranger

Préface

Le Centre d’études en politiques internationales et l’École Munk des affaires internationales sont fiers de présenter le rapport du Groupe d’étude sur l’éducation mondiale. Le rapport jette un nouveau regard sur l’état de l’éducation mondiale au Canada et constitue un important compte rendu dressé par un groupe indépendant de spécialistes en politique et de dirigeants d’établissements d’enseignement postsecondaire et du secteur privé, sous la direction de Roland Paris et de Margaret Biggs.

Le rapport lance un appel urgent en vue de préparer les jeunes Canadiens à relever les défis dans un monde en rapide évolution et d’effectuer des investissements ciblés pour inciter les étudiants canadiens à poursuivre des études à l’étranger. Les pays homologues – les États-Unis, l’Australie, la France et l’Allemagne – investissent massivement dans des initiatives similaires à celle proposée dans le rapport, et leur population étudiante forme des réseaux et exploite les opportunités en Afrique, en Asie, en Europe et au Moyen-Orient. Si nous n’agissons pas, ces États, et non le Canada, produiront la prochaine génération de meneurs dans l’ensemble des secteurs.

Comme exposé dans le rapport, les études à l’étranger, loin d’être la chasse gardée ou le privilège des élites, avantagent nettement les étudiants les plus démunis et constituent un intérêt public essentiel pour le succès futur du Canada.

Nous accueillons favorablement les recommandations formulées dans le rapport et remercions le Groupe de son travail exceptionnel.

Rita Abrahamsen
Directrice, Centre d’études en politiques internationales
Université d’Ottawa

Randall Hansen
Directeur, École Munk des affaires internationales
Université de Toronto

Mot des coprésidents

Le changement rapide à l’échelle mondiale représente à la fois un défi et une opportunité pour le Canada. L’innovation technologique transforme la nature du travail et les compétences requises dans l’économie du XXIe siècle. Les pays émergents jouent un rôle croissant dans les affaires mondiales, et les relations avec eux et leur population seront de plus en plus importantes pour la prospérité du Canada et son influence dans le monde. La prochaine génération de chefs de file canadiens, à la fois dans les secteurs privé et public, devra posséder certaines aptitudes, expériences et connaissances pour réussir dans un monde de plus en plus complexe et compétitif.

La mobilité académique internationale des jeunes Canadiens pourrait constituer un important élément de la réponse du Canada à ces défis. De nombreux pays homologues – dont l’Australie, les États-Unis et les pays membres de l’Union européenne – ont désigné l’apprentissage international comme une priorité nationale et ont recueilli des résultats impressionnants. En revanche, au Canada l’éducation mondiale n’a pas suscité de débats à l’extérieur du milieu éducatif, qui s’emploie principalement à attirer des étudiants étrangers au Canada au lieu d’offrir une expérience internationale aux étudiants canadiens.

Le Groupe d’étude sur l’éducation mondiale a été formé en mai 2017, sous la direction du Centre d’études en politiques internationales (Université d’Ottawa) et de l’École Munk des affaires internationales (Université de Toronto), afin de jeter un nouveau regard sur l’approche d’éducation mondiale du Canada. Ses membres diversifiés, issus des quatre coins du pays, comptent des chanceliers d’université, des présidents de collège, des dirigeants du secteur privé, des hauts fonctionnaires et des intervenants directs auprès des étudiants au sein des programmes d’apprentissage à l’étranger.

Le Groupe d’étude s’est penché sur trois enjeux :

1
la valeur potentielle d’un nombre accru de jeunes Canadiens qui se rendent à l’étranger pour y vivre des expériences d’apprentissage;
2
le bilan du Canada, les expériences des pays homologues et les obstacles à la croissance de la mobilité académique internationale des étudiants canadiens;
3
les orientations possibles à soumettre à la considération des gouvernements, des établissements éducatifs et des organismes du secteur privé.

Afin de trouver réponse à ces questions, le Groupe d’étude a examiné les ressources existantes et a consulté un large éventail d’experts et de parties prenantes au Canada et dans d’autres pays. Il a aussi largement bénéficié des tables rondes multisectorielles tenues en juin et septembre 2017.

Le Groupe d’étude a conclu que le Canada doit adopter une approche d’éducation mondiale plus stratégique et ambitieuse. Au cours de cette recherche, il est devenu évident que le Canada se manifeste un intérêt convaincant dans    une croissance importante du  nombre de jeunes Canadiens qui font des études à l’étranger et pour un  apprentissage allier aux études et au travail. Le rapport donne des précisions à ce sujet et présente des recommandations pour atteindre ces objectifs.

Margaret Biggs
Chercheure-boursière Matthews en politique publique mondiale, Université Queen’s

Roland Paris
Professeur et titulaire de chaire de recherche de l’Université d’Ottawa

Membres du Groupe d’étude sur l’éducation mondiale

Coprésidents

Margaret BiggsChercheure-boursière Matthews en politique publique mondiale, Université Queen’s

Roland Paris – Professeur et titulaire de chaire de recherche de l’Université d’Ottawa

Membres

Ann BullerRectrice, Centennial College

Lisa Butler – Chef, Gestion des talents et de la diversité, Financière Manuvie du Canada

Marie-Claude Dumas – Vice-présidente directrice, Ressources humaines, Groupe SNC-Lavalin

Robyn Fila – Gestionnaire de programme, Centre for Asia-Pacific Initiatives, University of Victoria

Claude Généreux – Vice-président exécutif, Corporation Financière Power

Zabeen Hirji – Chef des ressources humaines, Banque Royale du Canada

Nicole Lacasse – Vice-rectrice adjointe aux études et aux activités internationales, Université Laval

John McArthur – Titulaire d’une chaire principale, Brookings Institution, et conseiller principal, Fondation des Nations Unies

Santa Ono – Recteur, University of British Columbia

Katie Orr – Directrice, NSCC International, Nova Scotia Community College

Sue Paish – PDG, LifeLabs

Morris Rosenberg – PDG, Fondation Pierre-Elliot-Trudeau

Robert Summerby-Murray -Recteur, Saint Mary’s University

Rebecca Tiessen – Professeure agrégée, Université d’Ottawa

Stephen Toope – Anciendirecteur, Munk School of Global Affairs, University of Toronto

Valerie Walker – Vice-présidente, talent et compétences, Conseil canadien des affaires

Stephen Wallace – Secrétaire du gouverneur général

1

Sommaire exécutif

Les Canadiens tirent fierté de leur société ouverte, diversifiée et innovante. Pourtant, le Canada est-il prêt à affronter les défis de l’avenir?

Les jeunes Canadiens ont besoin de connaissances, de compétences et d’expériences pour réussir dans un monde de plus en plus complexe et compétitif. L’innovation technologique transforme la nature du travail et les compétences requises dans l’économie du XXIe siècle. Les relations avec les pays émergents sont de plus en plus importantes pour la prospérité du Canada. La génération actuelle de jeunes Canadiens devra se sentir à l’aise en travaillant avec des collègues de différents milieux. Ils devront faire preuve de conscience et confiance de soi ; accepter d’assumer des risques calculés ; et de démontrer une connaissance du monde et d’autres sociétés.

Ce ne sont pas des compétences facultatives au XXIe siècle, mais bien essentielles.

L’éducation mondiale encourage ces compétences. Le fait de permettre à un plus grand nombre de Canadiens d’acquérir une expérience internationale dans le cadre de leurs études universitaires ou collégiales constitue un investissement dans leur avenir et, partant, dans celui du Canada. Ce faisant, les jeunes Canadiens, y compris ceux de milieux défavorisés, seront outillés pour réussir dans la nouvelle économie. En outre, le Canada pourrait resserrer les liens à d’importants partenaires commerciaux et centres d’investissement, notamment dans les économies émergentes, et renforcer les relations entre les établissements d’enseignement canadiens et les réseaux de recherche mondiaux, qui sont essentiels à l’innovation nationale. Cela permettrait également d’affermir les valeurs d’ouverture et d’inclusion qui sont cruciales pour le succès du Canada à titre de société diversifiée, particulièrement en période d’intolérance croissante.

Les personnes qui voyagent à l’étranger changent sur le plan personnel et parfois de façon intangible. Nous savons que l’apprentissage mondial compte pour l’ensemble de la population, et les éléments de preuve à ce sujet abondent.

Des études ont démontré que l’éducation internationale est associée à des résultats scolaires et à des taux de diplomation plus élevés ainsi qu’à des taux d’emploi et à des salaires supérieurs après l’obtention du diplôme. Ces avantages semblent être particulièrement bénéfiques pour les étudiants de milieux défavorisés, car la possibilité d’étudier et de travailler dans un autre pays est un égalisateur important sur les plans sociale et économique.

 


Qu’est ce que l’éducation mondiale?

Les expressions « éducation mondiale » et « éducation internationale » utilisées dans ce rapport décrivent les expériences d’apprentissage structurées à l’intention des étudiants canadiens qui ont lieu à l’étranger et qui s’inscrivent dans un programme d’études d’une université, d’un collège ou d’un institut canadien. Ces expériences peuvent comprendre des cours avec et sans crédits, des échanges et des stages de recherche et de formation, ainsi que des internats, des stages coops et d’autres placements d’apprentissage intégrés au travail dans des organismes publics et privés.


De nombreux pays, à la fois les plus proches partenaires du Canada et ses concurrents, ont déjà reconnu l’importance des possibilités d’études à l’étranger offertes à leur population étudiante. Les États-Unis, l’Australie et les pays membres de l’Union européenne, par exemple, ont déployé des stratégies ambitieuses pour augmenter le nombre d’étudiants postsecondaires qui acquièrent une expérience internationale. Ils estiment qu’une telle expérience procure un avantage à leurs citoyens et sociétés. Ces stratégies ont suscité une augmentation marquée de la mobilité internationale des étudiants.

Le Canada n’a pas adopté de stratégie en ce sens, et cela se voit. La proportion d’étudiants canadiens qui se rend à l’étranger est beaucoup plus petite que celui de la majorité des pays homologues, et l’écart se creuse. En outre, le nombre relativement faible d’étudiants canadiens qui poursuivent leur apprentissage à l’étranger le font dans un nombre de pays très restreint – les États-Unis, l’Europe de l’Ouest et l’Australie – et étudient dans leur langue maternelle. Nous ne préparons pas les jeunes Canadiens à affronter les défis dans un monde en rapide évolution.

Bien que les Canadiens tirent fierté de leur société ouverte et diversifiée avec des fortes connexions à l’internationale, même les États-Unis, que de nombreux Canadiens perçoivent comme plus insulaires, en font plus pour élargir les horizons de leur jeune population grâce à l’éducation internationale. La diversité de la population canadienne ne se traduit pas nécessairement en cosmopolitisme ou en compétences que les Canadiens – et le Canada – doivent posséder pour réussir. Ces compétences et valeurs ne sont pas innées, mais doivent être cultivées.

Le gouvernement du Canada a récemment collaboré avec les établissements d’enseignement et les autres ordres de gouvernement pour accroître le nombre d’étudiants étrangers au pays. Maintenant, ce dont nous avons besoinest un effort coordonné pour qu’un nombre accru de jeunes Canadiens acquièrent de l’expérience à l’étranger. Selon le bilan d’autres pays, les stratégies nationales – sous la direction des gouvernements nationaux en partenariat avec les autres administrations, les établissements d’enseignement et le secteur privé – ont porté des fruits. Sans une stratégie nationale judicieuse dotée de fonds suffisants et comportant des objectifs et des responsabilités clairs, le Canada continuera de marquer du retard.

Il était une époque où l’éducation à l’étranger était considérée un privilège exceptionnel, mais cette époque est révolue. Actuellement, elle doit être perçue comme un outil essentiel pour outiller les jeunes Canadiens de tous les horizons afin d’assurer leur succès. Leur avenir, et celui du Canada, en dépend.

Sommaire du rapport

Ce rapport expose les raisons pour lesquelles le Canada doit traiter l’éducation mondiale comme une priorité nationale et esquisse les grandes lignes de la stratégie nationale.

La section 2, “L’éducation mondiale compte, maintenant plus que jamais”, souligne l’importance de la mobilité internationale des étudiants dans un monde en rapide évolution.

La section 3, “ Le Canada, bloqué au point mort, se fait devancer”, donne un aperçu des mesures prises par d’autres pays et du retard que doit combler le Canada.

La section 4, “La stratégie du Canada en matière d’éducation internationale”, propose les
éléments d’une stratégie canadienne appuyée par les conclusions principales du Groupe d’étude tirée des expériences canadiens et d’autres pays.

La section 5, “Une approche pancanadienne pour une action concertée”, décrit les mesures que doivent prendre les gouvernements, les établissements d’enseignement, le secteur privé et d’autres parties prenantes pour mettre en œuvre la stratégie.

Un résumé des recommandations est présenté à la fin du rapport.

2

L’éducation mondiale compte,
maintenant plus que jamais

Lorsque le sujet de l’éducation internationale est soulevé au Canada, il est surtout question des ressortissants étrangers qui étudient dans les écoles, collèges et universités canadiens. Il arrive rarement qu’on parle de Canadiens qui étudient à l’étranger. Pourquoi en est-il ainsi?

La raison réside en partie dans le fait que les avantages que procurent les étudiants étrangers au pays soient plus évidents. Ils versent des milliards de dollars en droits de scolarité, qui aident à financer nos établissements d’enseignement et constituent une source de revenus qui est importante pour les gouvernements. Ils mettent à profit leurs idées, leurs points de vue et leur dynamisme dans nos salles de classe et laboratoires de recherche, et, après leur diplomation, ils forment un bassin d’immigrants prospectifs talentueux. Il demeure important d’inciter des étudiants étrangers à faire des études au Canada pour toutes ces raisons.

Quoi qu’il en soit, les avantages découlant des étudiants canadiens qui se rendent à l’étranger pour acquérir des expériences d’apprentissage, bien que moins évidents, sont encore plus importants pour l’avenir du Canada. L’éducation mondiale procure les aptitudes, la compréhension, les perspectives et les relations qui peuvent avantager le Canada en cette période de changements rapides au pays et à l’étranger (figure 2.1).

Attardons-nous aux trois défis suivants :

  • La nature de travail change – Alors que l’automatisation élimine certains types d’emplois, et que la technologie en transforme d’autres et, à la fois, le travail se fait plus fluide et branché sur le monde, l’importance des compétences fondamentales s’accroisent, y compris la résolution de problèmes, la communication, la collaboration, la créativité et l’adaptabilité. Comme nous le verrons, ce sont justement ce genre de compétences que l’éducation mondiale contribue à inculquer. Voilà pourquoi elle représente un investissement pour préparer les jeunes Canadiens à participer à la nouvelle économie.
  • L’économie mondiale se transforme – Les pays émergents sont des acteurs d’importance croissante dans l’intégration de l’économie mondiale et des affaires internationales. Les pays en développement comptent actuellement pour près de 60 % du produit intérieur brut mondial, en hausse par rapport à moins de 50 % il y a une décennie.1 Le sein de l’activité économique mondiale s’est déplacé à une vitesse sans précédent, soit des partenaires commerciaux traditionnels du Canada vers les pays asiatiques. Les pressions protectionnistes aux États-Unis, notre principal partenaire commercial, s’intensifient également. L’établissement de relations avec une gamme de nouveaux partenaires rend particulièrement souhaitables les compétences interculturelles et la connaissance d’autres sociétés.
  • Intensification de l’intolérance – L’accroissement du nativisme, de la xénophobie et des préjugés est manifeste dans de nombreuses régions du monde – y compris au Canada. L’apprentissage mondial favorise la compréhension interculturelle et la valorisation de la diversité. Il affermit les valeurs d’ouverture et d’inclusivité qui sont essentielles au succès du Canada en tant que société pluraliste.

Bref, il existe un besoin impérieux pour le Canada d’outiller sa jeune population, de sorte qu’elle possède les compétences et aptitudes nécessaires pour relever ces défis. D’ailleurs, nous avons besoin de sa contribution pour aider le Canada à de nombreux égards : renforcer les réseaux et les relations à l’échelle globale afin d’affermir la voix et l’influence du Canada; étendre le savoir et la portée du Canada sur les nouveaux marchés en rapide expansion; réussir en tant que travailleurs et entrepreneurs dans les milieux de travail et l’économie en transformation; et se faire les champions de la diversité et de l’inclusivité au pays et à l’étranger.

Outiller les jeunes Canadiens pour la nouvelle économie

Les étudiants qui se rendent à l’étranger retirent des avantages mesurables de leur expérience. Des études menées au Royaume-Uni, en Australie, à Singapour et en Union européenne ont démontré que l’éducation internationale est associée à des taux supérieurs de diplomation et à des résultats scolaires plus élevés, de même qu’à des taux d’emplois plus élevés et une agumentation de salaires moyens après l’obtention du diplôme.2

L’apprentissage international favorise aussi les compétences de plus en plus recherchées relatives à l’employabilité. (figure 2.2). Une étude auprès de 78 000 étudiants européens, par exemple, a recueilli des preuves de l’amélioration des aptitudes en résolution de problèmes et en travail d’équipe de même qu’une résilience et une adaptabilité renforcée chez ceux qui ont étudié à l’étranger.3 Elle a aussi fait état de l’accroissement de la sensibilisation culturelle et de l’intérêt aux autres sociétés.

Égaliser les opportunités et autonomiser les étudiants de tous horizons

L’éducation mondiale peut aussi servir à créer des opportunités économiques pour les jeunes dans les groupes défavorisés et à promouvoir la croissance inclusive et l’équité économique au Canada.

La recherche révèle que les avantages de l’apprentissage international, notamment l’amélioration des résultats scolaires et de l’emploi après la diplomation, sont supérieurs chez les étudiants de milieux défavorisés.4

Pour réaliser pleinement l’éducation mondiale, il faut des programmes adaptés pour les rendre accessibles aux groupes qui ont un plus grand besoin d’appui et qui en bénéficieraient le plus, tels les Canadiens autochtones, les étudiants de familles moins nanties, ceux qui sont les premiers de leur famille à s’inscrire à des programmes d’études postsecondaires, les minorités sous-représentées dans le système de l’éducation et les personnes handicapées.

Apprendre sur le tas

En plus des avantages socioéconomiques, l’apprentissage international peut profondément changer les étudiants sur le plan personnel. C’est avant tout l’expérience éducative qui permet aux étudiants d’entrer en contact direct avec le monde et leur domaine d’études. L’apprentissage « expérientiel » ou « appliqué » est largement reconnu comme un puissant outil pédagogique. De nombreux spécialistes, le gouvernement de l’Ontario et la Table ronde sur le milieu des affaires et l’enseignement supérieur, entre autres, ont récemment demandé d’accorder plus d’attention à l’apprentissage expérientiel à tous les niveaux du système d’éducation.5 Le gouvernement fédéral s’est aussi engagé, dans le budget de 2017, à appuyer les stages étudiants et d’autres programmes d’apprentissage intégré au travail afin d’offrir aux étudiants une expérience « réelle » pendant leurs années d’études. L’apprentissage expérientiel au Canada est important, mais les programmes d’éducation mondiale bien conçus incarnent l’apprentissage expérientiel, et il faut le reconnaître.

Renforcer les réseaux de recherche internationaux et l’innovation

Les initiatives d’éducation mondiale peuvent aussi aider à accroître la participation des Canadiens aux réseaux de recherche internationaux et à promouvoir l’innovation dans les universités et les collèges canadiens. L’importance de ces réseaux s’accroît dans un monde où la recherche et l’innovation transcendent les frontières. Par exemple, Mitacs Globalink offre des stages à l’étranger à des étudiants canadiens (et accueille des étudiants de l’étranger au Canada) pour collaborer avec des chercheurs et industries de premier plan. Ces collaborations de recherche internationales sont bénéfiques également pour les étudiants et les professeurs-chercheurs, les établissements d’enseignement et l’industrie.

Investir dans l’avenir du Canada

Par le passé, il se peut que les études à l’étranger aient été perçues comme une extravagance facultative, alors qu’aujourd’hui elles doivent être reconnues comme un impératif national. Offrir aux étudiants une expérience internationale représente un investissement intelligent pour leur avenir et celui du Canada.

3

Le Canada, bloqué au point mort, se fait devancer

De nombreux pays, y compris les plus proches partenaires du Canada et ses concurrents, ont élaboré des stratégies ambitieuses sur la mobilité des étudiants parce qu’ils reconnaissent que l’apprentissage à l’étranger procure d’importants avantages à leur population étudiante et à leur société. Ces stratégies ont recueilli des résultats impressionnants en accroissant sensiblement le nombre d’étudiants qui poursuivent leurs études à l’étranger. Entre-temps, le Canada est bloqué au point mort.

États-Unis

En 2009, le gouvernement américain a lancé une initiative publique-privée – 100,000 Strong China – visant à relever le nombre d’étudiants américains faisant des études en Chine à 100 000 dans les prochaines cinq ans. Le but du programme était de renforcer les relations entre les États-Unis et la Chine en investissant dans la nouvelle génération de dirigeants possédant les connaissances et les compétences voulues pour collaborer avec la Chine. Le programme couvrait un vaste éventail de cours à crédits, de stages, d’occasions de bénévolat et d’apprentissage par l’engagement communautaire, de projets de recherche et d’autres voyages éducatifs.

Non seulement les États-Unis ont-ils atteint leur cible, mais ils l’ont dépassée.

En 2011, le gouvernement américain a lancé un deuxième programme national – 100,000 Strong in the Americas – visant à relever le nombre d’étudiants américains faisant des études en Amérique latine et dans les Caraïbes à 100 000 entre 2011 et 2020. Durant la période de quatre ans depuis le lancement du programme, le nombre d’étudiants américains faisant des études dans cette région a augmenté de 26 %. 6

En 2014, une autre initiative d’envergure, Generation Study Abroad, lancée par l’Institute for International Education, a fixé l’objectif de plus que doubler le nombre total d’étudiants américains participant à l’éducation internationale (passant de 283 000 à 600 000), n’importe où dans le monde, d’ici la fin de la décennie. Cette initiative visait aussi à offrir des occasions aux étudiants dans les populations défavorisées et sous-représentées. Dans le cadre de l’initiative, 84 % des établissements d’enseignement américains se sont engagés à réduire les obstacles financiers et à créer des fonds et des bourses pour les études à l’étranger à l’intention des étudiants de ces populations.

Australie

Lancé dans le cadre d’un projet pilote en 2014, puis étendu en 2015, le New Colombo Plan de l’Australie visait à procurer à 10 000 étudiants par année des expériences d’apprentissage – études universitaires, stages dans des organismes et entreprises, mentorats, formation pratique ou séjours de recherche – dans la région indo-pacifique (c.-à-d. les pays désignés en Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est et dans les îles du Pacifique).

Le but du programme était de renforcer les relations qu’entretient l’Australie dans la région, tant au niveau individuel qu’avec les universités, les entreprises et d’autres entités. Le but du programme était de hausser le nombre de diplômés prêts à l’emploi. À cette fin, il proposait un virage dans la culture des études supérieures en Australie, afin que les études dans la région indo-pacifique soient un rite initiatique des étudiants de premier cycle.7

Les résultats préliminaires sont étonnants : le nombre d’étudiants de premier cycle faisant des études dans les pays indo-pacifiques a augmenté de 32 % durant la première année complète du New Colombo Plan.8

Union européenne

L’UE a mis en place le programme Érasmus en 1987 pour promouvoir les études et stages à l’étranger auprès des jeunes Européens, afin de les inciter à acquérir les compétences recherchées sur le marché du travail et dans l’économie. Le programme Érasmus visait également à promouvoir les valeurs européennes communes, à favoriser l’intégration sociale et à améliorer la compréhension interculturelle et le sentiment d’appartenance. Il offre une vaste gamme d’opportunités éducatives, allant des programmes d’études à crédits à temps plein aux expériences et stages d’études intégrées au travail. Récemment, le champ d’Érasmus a été élargi à l’extérieur de l’Europe pour inclure les économies émergentes.

Depuis son lancement, le programme a offert à plus de 3,3 millions d’étudiants européens la possibilité de se rendre à l’étranger pour faire des études supérieures ou un apprentissage dans une entreprise. Érasmus est aujourd’hui un programme de marque reconnu, qui offre des attestations d’études aux étudiants et qui a incité les établissements d’enseignement européens à faire de la mobilité internationale une composante intégrante des études postsecondaires.

Le Canada se fait devancer

Le Canada s’est doté d’une stratégie nationale pour attirer les étudiants étrangers au pays, mais il n’a pas adopté de stratégie nationale pour aider les étudiants canadiens à étudier à l’étranger.9

La majorité des universités et collèges canadiens ont mis en place leurs propres programmes afin d’appuyer et de faciliter la participation des étudiants à l’apprentissage à l’étranger. D’ailleurs, certaines provinces ont établi des politiques pour promouvoir l’« internationalisation » de l’éducation, y compris la mobilité internationale. Toutefois, ces efforts combinés demeurent modestes, tant en ce qui concerne leur ampleur que leur ambition, et leur coordination laisse à désirer. Fait révélateur, le pourcentage d’étudiants postsecondaires canadiens qui font une partie de leurs études à l’étranger n’a pas augmenté ces dernières années.10 Pourtant, les initiatives individuelles visant à favoriser les études à l’étranger n’ont pas été infructueuses. Au contraire, plusieurs ont été très efficaces et novatrices, comme nous le verrons, mais leur effet net sur le pourcentage de jeunes Canadiens étudiant à l’étranger demeure imperceptible. À l’encontre des pays homologues qui ont sensiblement haussé l’éducation internationale grâce à leurs stratégies nationales, le Canada fait du surplace.

Ce qui est pire, les chiffres du Canada ont plafonné à un niveau relativement faible. Bien qu’il soit notoirement difficile de comparer les chiffres de la mobilité internationale, parce que les États emploient différentes méthodes pour en faire le suivi, les meilleures données disponibles indiquent que le Canada marque un retard sur bon nombre des pays homologues quant à la mesure clé du nombre d’étudiants de premier cycle qui font une partie de leur programme menant à un grade hors du Canada (figure 3.1). 11 Cet écart devrait se creuser alors que les dernières stratégies en matière de mobilité, dont celles des États-Unis et de l’Australie, produisent pleinement leur effet.

D’autres chiffres brossent un tableau quelque peu différent. Le pourcentage d’étudiants canadiens qui quittent le pays pour l’intégralité de leur programme menant à un grade est supérieur à celui de certains pays homologues.12 Pourtant, le nombre de ces étudiants qui reviennent au Canada demeure inconnu. D’ailleurs, la grande majorité d’étudiants postsecondaires canadiens sont inscrits à des programmes menant à un grade dans les universités et collèges au Canada – l’accroissement de leur mobilité même par quelques points de pourcentage représenterait une importante augmentation absolue du nombre de jeunes Canadiens bénéficiant de l’éducation mondiale.

Pays fréquentés et non fréquentés par les étudiants canadiens

La majorité des Canadiens qui étudient à l’étranger optent pour quelques destinations traditionnelles – l’Europe de l’Ouest, les États-Unis et l’Australie arrivent en tête de liste – et font leurs études dans leur langue maternelle (figure 3.2). En 2016, seulement 3 % des étudiants canadiens à l’étranger ont choisi la Chine comme destination, selon une enquête.13

Alors que les études dans les pays de destination traditionnels seront toujours valables, les tendances actuelles ne cadrent pas avec l’objectif de préparer la prochaine génération de Canadiens pour leur réussite dans un monde complexe de plus en plus multipolaire. La croissance économique des pays émergents devance largement celle du Canada et de ses principaux partenaires commerciaux (figure 3.3). D’ici 2050, les économies de la Mexique et de l’Indonésie devraient être plus substantielles que celles du R.-U. et de la France, alors que le Vietnam, l’Inde et le Bangladesh pourraient avoir les économies connaissant la plus forte croissance jusqu’en 2050. 14 Le PIB de la Chine, mesuré en parité des pouvoirs d’achat, est déjà le plus appréciable au monde.15 En plus de leur poids économique croissant, bon nombre de ces pays gagnent en influence dans les affaires internationales, une tendance qui se maintiendra.

Bref, relativement peu d’étudiants faisant des études postsecondaires au Canada se rendent à l’étranger pour des expériences d’apprentissage, et ceux qui le font optent majoritairement pour les destinations traditionnelles, dont l’importance relative dans le monde diminue.

Quelle est la cause du problème?

Pourquoi plus d’étudiants canadiens ne participent-ils pas à l’apprentissage mondial? Ce qui est encore plus déroutant, pourquoi le nombre d’inscriptions aux programmes d’études à l’étranger dans les universités canadiennes est-il inférieur à celui prévu?

Les sondages auprès d’étudiants ont révélé que le coût demeure de loin l’obstacle le plus important.16 Viennent ensuite les curriculums non modifiables, les politiques de reconnaissance de crédits rigides et les préoccupations entourant le retard dans l’obtention du diplôme. Plusieurs autres obstacles sont aussi mentionnés, notamment l’engagement limité des membres du corps professoral envers les études à l’étranger; la méconnaissance des occasions d’apprentissage international; l’inconfort suscité par les différences culturelles et linguistiques; et les préoccupations en matière de santé et de sécurité (figure 3.4).

En d’autres mots, les obstacles à l’éducation mondiale sont nombreux et systémiques. De toute évidence, le financement insuffisant de l’apprentissage international est le facteur le plus important, mais il est loin d’être le seul. L’injection de fonds supplémentaires ne pourrait à elle seule réunir les conditions nécessaires pour opérer un changement de cap dans l’approche du Canada touchant l’éducation mondiale. Seuls les efforts coordonnés et collaboratifs déployés par le gouvernement, les établissements d’enseignement, le personnel enseignant, les organismes partenaires et les entités commanditaires peuvent mettre en place ces conditions, parce qu’ils sont chacun responsables d’éléments distincts de la solution.

Bref, le Canada doit se doter d’une stratégie nationale.

4

Une stratégie Canadienne en matière d’éducation internationale

Les efforts fragmentaires ne parviendront pas à augmenter le nombre d’étudiants des universités et collèges canadiens qui acquièrent une expérience internationale. En maintenant le statu quo, le Canada continuera de se faire devancer par les pays qui prennent des mesures audacieuses pour outiller leur population de jeunes pour l’avenir. Seule une approche nationale mûrie avec soin et dotée de ressources adéquates, qui comporte des cibles ambitieuses et des responsabilités claires, permettra au Canada de relever le défi.

 

L’apprentissage mondial est un instrument vital pour répondre aux priorités nationales, telles que la croissance économique et le commerce, l’inclusion sociale et économique et l’influence exercée par le Canada dans le monde.

Point de départ : un changement d’optique

Au lieu de considérer l’apprentissage mondial comme un enjeu secondaire qui est passé sous silence dans la politique étrangère et intérieure, nous devons le reconnaître à titre d’instrument vital pour répondre aux priorités nationales, telles que la croissance économique et le commerce, l’inclusion sociale et économique et l’influence exercée par le Canada dans le monde (figure 2.1). Au lieu de nous limiter à attirer des étudiants étrangers au Canada, nous devons offrir aux étudiants canadiens des expériences internationales. Au lieu de concevoir l’éducation mondiale comme un privilège des élites, il faut reconnaître qu’elle procure des compétences essentielles à tous les jeunes – surtout ceux des milieux défavorisés.

Bref, nous devons opérer un virage dans la mentalité, les ambitions et les approches relatives à l’éducation mondiale qui priment au Canada (figure 4.1). Idéalement, dans une génération, les étudiants canadiens, les établissements d’enseignement et les professeurs considéreront l’apprentissage international comme une composante essentielle des études postsecondaires. De plus en plus, les chefs d’entreprise et les gestionnaires recruteurs s’attendent à ce que leurs recrues aient suivi un tel apprentissage. En outre, les fonctionnaires estimeront qu’il s’agit d’un élément essentiel des politiques. Une culture de mobilité scolaire – une vue largement répandue dans la population canadienne qui reconnaît la valeur de l’éducation mondiale – devrait être l’objectif. Il est cependant impérieux de reconnaître que le statu quo ne sert pas les intérêts des étudiants ou du pays et de commencer à percevoir l’apprentissage mondial comme un avantage collectif vital.

Il importe de définir les objectifs, les priorités et les cibles

Pour réaliser une percée en éducation internationale, le Canada doit adopter une stratégie comportant des objectifs, des priorités et des cibles clairs. Il faut établir des cibles « extensibles » afin de favoriser l’ambition, d’inciter à l’action et de fournir un centre de convergence aux nombreux intervenants. Les cibles permettront également de mesurer les progrès.

Objectifs Stratégiques

Le Groupe d’étude a formulé les recommandations suivantes :

L’orientation de l’approche d’éducation mondiale du Canada doit tenir compte des objectifs stratégiques suivants, auxquels on peut donner suite à l’aide de l’apprentissage mondial.

Favoriser la croissance économique à long terme et l’innovation au Canada par les moyens suivants :

  • Doter les jeunes Canadiens des outils du succès dans la nouvelle économie.
  • Réduire les obstacles et créer des opportunités économiques pour les étudiants des milieux défavorisés.
  • Renforcer les réseaux de recherche et d’innovation.

Consolider la société ouverte et inclusive du Canada en incluant moyens suivants :

  • Affermir les valeurs d’ouverture et d’inclusivité qui sont essentielles pour le succès de la société pluraliste qui définie le Canada.
  • Encourager la coopération interculturelle et internationale.

Resserrer les liens du Canada à l’échelle mondiale en incluant moyens suivants :

  • Affermir les relations avec les pays partenaires, y compris les puissances émergentes.
  • Préparer la prochaine génération de chefs de file canadiens possédant des compétences prisées à l’échelle mondiale et évoluant dans les secteurs public et privé.

La stratégie du Canada en matière d’éducation mondiale doit opérer un changement de cap dans la valeur qu’accordent les étudiants, les parents, les professeurs et les entreprises à l’apprentissage international. Elle doit favoriser la création de nouveaux partenariats entre les entreprises, les gouvernements et les établissements d’enseignement. Elle doit en outre regrouper la grande diversité de possibilités d’études à l’étranger qu’offrent les campus partout au Canada dans une approche unifiée reposant sur des normes, des attestations d’études et des activités de collecte de données. Tous ces changements se renforceront mutuellement.

 

Prioritiés et Cibles

Le Groupe d’étude, reconnaissant l’importance de l’éducation internationale pour l’apprentissage et l’acquisition de compétences des jeunes Canadiens, la position du Canada dans le monde et son avenir à titre d’économie libéralisée et de société inclusive, recommande les trois priorités et cibles connexes pour la stratégie canadienne en matière d’éducation mondiale :

1
Accroître sensiblement le nombre d’étudiants postsecondaires canadiens qui étudient à l’étranger.
  • Fixer une cible nationale, à savoir qu’au cours des dix prochaines années, un quart des étudiants postsecondaires canadiens se rendront à l’étranger pour des expériences d’apprentissage à crédits et sans crédits.

Selon les meilleures estimations, environ 11 % des étudiants universitaires de premier cycle au Canada bénéficient d’une expérience internationale pendant leur programme menant à un grade. Par comparaison, l’Allemagne s’est donnée comme objectif que 50 % de sa population étudiante participera à l’éducation internationale d’ici 2020, tandis que les États-Unis entendent doubler le nombre total de jeunes Américains poursuivant des études à l’étranger d’ici 2020. Une cible de 25 % d’étudiants postsecondaires canadiens faisant des études à l’étranger au cours de la prochaine décennie est ambitieuse, mais atteignable.17

  • Établir une nouvelle initiative nationale – Expérience internationale Canada – pour aider, au cours des 5 prochaines années, 15 000 étudiants postsecondaires canadiens par année à faire des études à l’étranger, ce nombre passant à 30 000 par année en 10 ans.

Par comparaison, l’Australie, dont la population égale les deux tiers de celle du Canada et dont un pourcentage d’étudiants beaucoup plus élevé que celui du Canada étudie à l’étranger, a lancé son programme phare, New Colombo Plan, en 2014 pour favoriser, chaque année, l’apprentissage à l’étranger de 10 000 étudiants.Expérience internationale Canada serait le pivot de la Stratégie du Canada en matière d’éducation mondiale – le principal vecteur pour augmenter sensiblement le nombre d’étudiants canadiens qui se rendent à l’étranger et pour instaurer une culture d’apprentissage international. Quoi qu’il en soit, Expérience internationale Canada ne subventionnerait pas chaque étudiant canadien, mais servirait de complément à d’autres programmes d’éducation internationale appuyés par les établissements d’enseignement, les gouvernements et les entités non gouvernementales.

2
Accroître sensiblement la proportion d’étudiants qui se rendent dans les pays émergents

Le Groupe d’étude, reconnaissant le besoin de préparer les jeunes Canadiens aux opportunités et aux défis dans un monde en rapide évolution et l’influence croissante des économies émergentes dans les affaires commerciales et internationales, recommande que la Stratégie du Canada en matière d’éducation mondiale accorde la priorité aux régions et pays émergents. En particulier :

  • Fixer la cible que la moitié des étudiants participant à l’initiative Expérience internationale Canada se rendent dans les pays émergents au cours de la prochaine décennie.
    À titre d’initiative nationale, Expérience internationale Canada, devrait intégrer les priorités stratégiques du Canada et y donner suite. Il importe de répéter que le nombre total d’étudiants canadiens se rendant dans les pays émergents prioritaires demeurera bien inférieur au taux de 50 %, car Expérience internationale Canada soutiendrait seulement partiellement les étudiants canadiens participant à des expériences d’apprentissage international. Les occasions existantes d’études et d’apprentissage intégré au travail à l’étranger seront maintenues.
  • Dresser une liste de régions ou de pays émergents prioritaires pour l’initiative Expérience internationale Canada.
    La liste devrait être dressée par un comité consultatif comptant des représentants des gouvernements fédéral et provinciaux, d’établissements d’enseignement, du secteur privé et d’autres parties prenantes. Les critères utilisés pour définir les régions ou pays admissibles doivent tenir compte :

    • des intérêts durables du Canada définis dans sa politique économique et étrangère dans le pays ou la région de destination;
    • des occasions de resserrer les liens avec des parties prenantes qui encouragent l’innovation et la recherche, et qui son avanatageux pour le Canada.

    Une éducation est un investissement à long terme, et toute liste de destinations prioritaires doit être fondée sur des facteurs de durabilité. Certains pays émergents, comme la Chine, l’Inde, le Mexique et le Brésil, répondent clairement aux critères ci-dessus et devraient continuer à le faire, mais la détermination de régions prioritaires, au lieu de pays, peut représenter une approche plus durable. D’ailleurs, il arrive souvent que plusieurs pays interviennent dans la recherche, alors que les intérêts commerciaux du Canada sont souvent de portée régionale.

  • Appuyer la formation linguistique et culturelle pour aider les étudiants à poursuivre leurs études et à travailler dans ces régions, à l’instar du New Colombo Plan de l’Australie.
3
Rendre l’apprentissage à l’étranger accessible aux étudiants de tous les milieux.

L’éducation mondiale est un instrument favorisant l’inclusion et l’opportunité. Elle contribue à inculquer les compétences essentielles dans la nouvelle économie. Les avantages de l’apprentissage international — des résultats scolaires améliorés, des perspectives de carrière, des compétences en employabilité — semblent gratifier surtout les étudiants issus de milieux défavorisés. Il est donc impératif que les étudiants dans les populations à faible revenu et sous-représentées aient accès à de telles expériences.

Selon les étudiants, les coûts constituent le principal obstacle à leur participation aux programmes internationaux, et cet obstacle est plus difficile à surmonter pour les étudiants moins nantis. Les bourses et les subventions d’études représentent donc une possibilité cruciale pour ces derniers. Les étudiants qui s’identifient comme Autochtones, membres de minorités visibles ou personnes handicapées sont également sous-représentés dans la population étudiante qui fait une partie de ses études à l’étranger.18

  • Intégrer à l’initiative Expérience internationale Canada des programmes adaptés pour accroître la participation des populations à faible revenu et sous-représentées à l’éducation internationale.
    Tirer les leçons des efforts en cours dans les établissements postsecondaires canadiens et des stratégies de mobilité d’autres pays visant les groupes défavorisés, notamment Generation Study Abroad aux États-Unis.
En Vedette
Les étudiants autochtones en vedette

L’éducation internationale offre une occasion unique aux étudiants autochtones d’acquérir de l’expérience et des compétences cruciales qui peuvent les aider à réussir en tant qu’employés, entrepreneurs et dirigeants. Elle peut aussi répondre à une recommandation de la Commission de vérité et de réconciliation, à savoir améliorer la communication interculturelle en offrant aux jeunes Autochtones la possibilité d’étudier et de travailler avec des étudiants et communautés autochtones d’autres pays.

Les jeunes Autochtones forment l’une des populations qui connaissent la croissance la plus rapide au Canada, et la proportion d’Autochtones dans la main-d’œuvre canadienne devrait doubler d’ici 2036. L’investissement dans l’apprentissage à l’étranger de jeunes Autochtones pourrait rapporter énormément.

Les étudiants autochtones sont actuellement sousreprésentés dans les programmes d’apprentissage
à l’étranger, ce qui s’explique par leurs défis particuliers. Comparativement à l’ensemble de la population étudiante, ils sont plus susceptibles d’être issus de familles à faible revenu et d’être les premiers dans leur famille à poursuivre des études postsecondaires. Ils sont aussi plus réticents à quitter leur collectivité.

Pour aider les étudiants autochtones à tirer parti des avantages de l’apprentissage mondial, il faut adopter des programmes ciblant spécifiquement leurs besoins, ce qui comprend le soutien avant, pendant et après l’expérience internationale. Lors d’une rencontre à Ottawa en mai 2016, des administrateurs principaux d’établissements postsecondaires, des représentants de collèges tribals, des professeurs de départements d’études autochtones et des représentants de bureaux d’études à l’étranger du Canada et des États-Unis ont souligné le besoin d’adopter de nouveaux programmes pour encourager et appuyer les étudiants autochtones des deux pays à participer à des opportunités d’études à l’étranger.

À l’heure actuelle, peu de programmes d’études à l’étranger ciblent particulièrement les étudiants autochtones, mais il est possible de prendre appui sur des initiatives prometteuses, notamment le Programme international d’échanges et d’apprentissage intégré au travail de l’Université de Victoria, le Programme Matariki de mobilité d’étudiants autochtones de l’Université Queen’s, et les stages internationaux pour étudiants autochtones de l’Institut du Labrador de l’Université Memorial.

Sources : Fulbright Canada, Summary Report: Promoting Study Abroad for Indigenous Students in the United States and Canada: A Capacity Building Workshop (2016); Don Drummond, Andrew Sharpe, Alexander Murray et Nicolas Mask, The Contribution of Aboriginal People to Future Labour Force Growth in Canada, Centre d’étude des niveaux de vie (octobre 2017); Bureau canadien de l’éducation internationale, Un monde à apprendre : résultats et potentiel du Canada en matière d’éducation internationale (2016).

Recommendations Supplémentaires

L’expérience au Canada et ailleurs fournit des leçons utiles pour la conception d’une stratégie canadienne en matière d’éducation mondiale. Elle démontre les types d’expériences internationales qui procurent les meilleurs résultats, la préparation et le soutien dont les étudiants ont besoin, et l’importance d’offrir une gamme de possibilités d’études et de stages.

Une approche universelle ne convient pas

Il importe d’appuyer différents types d’éducation mondiale pour faire en sorte que les programmes offrent des expériences d’apprentissage pertinentes, qui sont abordables pour les étudiants et qui répondent aux besoins de différents curriculums. Alors que les cours à crédits traditionnels à l’étranger durant un semestre ou une année constituent un type éprouvé d’apprentissage à l’étranger, ils ne conviennent pas à tous les étudiants et ne cadrent pas toujours avec les programmes de leurs établissements d’attache.

Récemment, une nouvelle génération d’options d’études à l’étranger émerge, y compris l’apprentissage expérientiel à l’étranger, les séjours de recherche structurés, les séminaires sur le terrain, les placements coop et les stages. La preuve documentaire croissante révèle que les avantages d’une expérience internationale découlent surtout de la qualité de celle-ci, plutôt que de sa durée. Les possibilités d’études à l’étranger à court terme, qui sont judicieusement conçues et bien soutenues, procurent des effets durables, surtout si elles ne constituent pas des expériences ponctuelles, mais ouvrent la voie à l’apprentissage continu.

Une filière du New Colombo Plan, par exemple, offre des bourses aux étudiants qui poursuivent des études à temps plein à l’étranger pour des périodes de 3 à 19 mois. Les demandeurs de bourses peuvent inclure un stage et une expérience professionnelle (auprès d’un organisme privé ou public dans le pays de destination) à leur programme d’études. Les étudiants sont aussi encouragés à suivre une formation linguistique, qui est couverte par leur bourse.

Une seconde filière du programme australien offre des subventions à la mobilité internationale aux universités nationales pour permettre à leurs étudiants de participer à des possibilités d’apprentissage à l’étranger à court terme (d’au plus un semestre), y compris les stages d’études de recherche, ou de travail, la formation pratique, les placements cliniques,  et le mentorat.

4
Appuyer différents types d’expériences d’apprentissage de diverses durées :
  • Mettre l’accent sur la qualité plutôt que sur le type d’expérience, ce qui peut comprendre :
    • les cours à crédits traditionnels soit d’une session ou d’une année;
    • la formation linguistique;
    • les stages d’études,les stages pratiques et les expériences d’apprentissage intégré au travail dans des entreprises du secteur privé, des organismes du secteur public et des organisations non gouvernementales;
    • les stages de recherche;
    • les échanges; et
    • les séjours d’études sur le terrain structurés d’une durée de quelques semaines à un an ou plus.
  • Établir des critères d’admissibilité qui priment la qualité des programmes afin de déteriminer quelles expériences internationales recevraient du soutien aux termes de la stratégie.
Assurance de la qualité (préparation et soutien)

Il est essentiel d’assurer la qualité avant, pendant et après une expérience internationale, afin de garantir des résultats d’apprentissage favorables. L’assurance de la qualité permet également de protéger l’intégrité et les avantages à long terme de la stratégie en matière d’éducation mondiale. Ce qui est encore plus important, elle vise à assurer la sécurité des étudiants.

L’Australie offre un exemple intéressant. Les programmes et stages ou les expériences de travail-études dans les pays partenaires sont vérifiés et approuvés au préalable. Le personnel de soutien du New Colombo Plan et des établissements d’attache prépare les étudiants sortants. Chaque étudiant boursier est jumelé à un « gestionnaire de cas », qui garde régulièrement contact avec l’étudiant et fait fonction de principal point de contact auprès de ce dernier concernant toutes questions touchant le stage d’études à l’étranger, sauf dans les situations d’urgence.

5
Commencer par l’assurance de la qualité :
  • Créer une plateforme commune pour les établissements d’enseignement canadiens afin d’échanger de l’information sur les pratiques exemplaires aux fins de l’assurance de la qualité de leurs programmes d’apprentissage à l’étranger respectifs.
  • Établir des normes et des procédures communes pour que les étudiants soient préparés adéquatement avant leur départ, qu’ils reçoivent un soutien pendant leur séjour à l’étranger et un suivi à leur retour.
Reconnaissance des crédits et parcours scolaires

Les étudiants et les établissements d’enseignement ont constamment soulevé des préoccupations au sujet des progrès scolaires – achèvement différé, difficulté à obtenir des crédits universitaires, non-concordance avec les programmes d’études canadiens et notation incompatible – qui constituent de sérieux obstacles à la prise en considération de l’apprentissage à l’étranger ou à la participation à celui-ci. (Ces préoccupations arrivent au second rang, devancées seulement par le coût des études à l’étranger.)

De nombreux collèges et universités canadiens encouragent leurs étudiants à suivre des cours à l’étranger, mais peu ont pris les mesures nécessaires pour modifier les programmes menant à un grade dans l’ensemble des disciplines, afin de dissiper ces préoccupations pour que les étudiants puissent poursuivre des expériences d’apprentissage à l’étranger comme composante intégrante de leurs études. Il arrive trop souvent que les étudiants soient livrés à eux-mêmes et doivent s’organiser seuls. Il revient aux établissements d’enseignement canadiens non seulement d’encourager leurs étudiants, mais aussi de les aider à tirer parti de l’éducation mondiale. Une souplesse accrue dans la reconnaissance des crédits et une transférabilité améliorée sont essentielles. Il n’est pas nécessaire que les expériences d’apprentissage à l’étranger soient identiques aux programmes des établissements d’attache afin de justifier la reconnaissance.

« Alors que les étudiants valorisent l’expérience de leurs pairs ayant déjà bénéficié de bourses de mobilité […] l’encouragement de tuteurs pédagogiques était plus important. Les conseils et le soutien offerts par ces derniers sont essentiels pour légitimer et promouvoir les expériences de mobilité de tous types et de toutes durées. »

British Council (2016)

Certaines études ont également reconnu que le soutien et l’encouragement des professeurs constituent un important facteur pour inciter les étudiants à envisager ces opportunités. À l’inverse, les étudiants ont mentionné l’absence de soutien comme motif pour ne pas donner suite aux possibilités d’éducation internationale.

6
Réduire les obstacles dans les universités, les collèges et les instituts canadiens :
  • Les établissements postsecondaires et leurs unités d’études ont intérêt à mettre à jour leurs curriculums et à intégrer les opportunités d’apprentissage à l’étranger aux programmes d’études.
  • Adopter une approche plus flexible afin de reconnaître les expériences d’apprentissage à l’étranger et d’octroyer des crédits pour les études s’inscrivant dans les programmes d’études des étudiants.
  • Appuyer l’élaboration de nouvelles possibilités d’apprentissage internationale sous la direction du corps professoral.
Susciter l’intérêt des étudiants

L’élimination des obstacles et la création d’opportunités pour les étudiants postsecondaires canadiens, afin de les inciter à étudier à l’étranger, sont deux mesures seulement qui doivent être prises pour accomplir les progrès substantiels requis relativement à l’éducation mondiale. Les étudiants mêmes doivent souhaiter donner suite à ces opportunités. La stimulation de la demande étudiante relative à ces programmes doit faire partie intégrante d’une stratégie en matière d’éducation mondiale.

Il faudra consentir un effort de communication coordonné et soutenu pour aider les étudiants à reconnaître la valeur que présente l’apprentissage à l’étranger pour leur carrière future. Le fait d’offrir des attestations d’études spéciales et des spécialisations afin d’accorder une reconnaissance et une valeur supplémentaires aux participants aux expériences d’éducation mondiale (tel le « diplôme supplémentaire » en UE) confirmerait auprès des étudiants et d’autres intéressés la valeur attachée à l’apprentissage à l’étranger.

En prenant exemple sur le New Colombo Plan de l’Australie, il faut mettre en place des réseaux de diplômés canadiens qui ont vécu des expériences d’apprentissage à l’étranger. Le réseau du New Colombo Plan tisse des liens entre les diplômés et les organismes des secteurs privé et public qui recherchent des recrues possédant une expérience internationale précise. Le gouvernement australien espère également que le groupe de diplômés gagne en influence et se diversifie en intégrant les étudiants australiens qui ont acquis une expérience directe dans la zone indo-pacifique et qui possèdent de solides relations professionnelles et personnelles à l’échelle de la région, de sorte à représenter une force motrice de la prospérité future de l’Australie.

Un rôle clé que pourraient jouer les diplômés au Canada serait celui d’« ambassadeurs » de l’éducation internationale, particulièrement en faisant valoir son importance auprès de leurs pairs et en donnant des exposés à des élèves du primaire et du secondaire. Ces activités devraient s’inscrire dans un effort de sensibilisation auprès de jeunes étudiants pour les inciter à envisager des opportunités d’apprentissage à l’étranger lorsqu’ils entreprennent des études collégiales ou universitaires et pour souligner la valeur de l’éducation mondiale.

7
Améliorer la connaissance et l’intérêt des étudiants relativement aux possibilités d’apprentissage à l’étranger.
  • Déployer un effort soutenu et coordonné pour souligner la valeur de l’apprentissage international, y compris pour leur emploi futur.
  • Accorder une reconnaissance et une attestation d’études spéciale, aux étudiants qui ont participé à Expérience internationale Canada.
  • Créer un réseau de diplômés qui ont participé à Expérience internationale Canada pour servir d’« ambassadeurs » de l’éducation mondiale auprès d’autres étudiants, y compris des niveaux primaire et secondaire.
Mesurer et suivre les progrès

Un suivi rigoureux est essentiel pour mesurer les progrès accomplis dans l’atteinte des objectifs fixés par le Canada dans la stratégie en matière d’éducation mondiale et pour assurer la qualité et l’intégrité de l’initiative Expérience internationale Canada.

Toutefois, un obstacle au suivi de la mobilité internationale des étudiants canadiens et à l’évaluation de son incidence est l’absence de collecte coordonnée de données dans l’ensemble des universités et collèges canadiens sur les étudiants qui se rendent à l’étranger pour poursuivre des programmes d’apprentissage. De nombreux établissements définissent différemment les expériences d’apprentissage à l’étranger et recueillent différents types et quantité de données. Il est impératif d’établir une concordance précise des expériences de mobilité internationale.

L’évaluation des résultats d’apprentissage des étudiants à des intervalles prédéterminés après leur retour devrait être un élément du suivi des progrès d’Expérience internationale Canada, en particulier. Le Réseau Mitacs, par exemple, qui gère les bourses Globalink décernées aux étudiants canadiens pour entreprendre des projets de recherche à l’étranger, sonde les boursiers à leur retour et tient à jour une base de données afin de faciliter l’analyse du rendement du programme.

8
Mettre en place un système national pour recueillir des données cohérentes et comparables sur la mobilité internationale des étudiants.
9
Établir un système de surveillance et d’évaluation pour l’initiative Expérience internationale Canada

Afin de l’évaluer et d’améliorer son impact et de mettre en place une base de données probantes à l’échelle du pays.

Autres facteurs de succès

L’expérience des pays homologues démontre l’importance de plusieurs autres facteurs, en plus des mécanismes efficaces d’administration et de coordination ainsi que des cibles et objectifs nationaux.

10
Créer une image de marque distinctive

Afin d’établir un objectif commun entre les parties prenantes, de réunir différents éléments des programmes et de favoriser la reconnaissance au pays et à l’étranger (p. ex. Érasmus en Union européenne, 100,000 Strong aux États-Unis, et « Generation UK » du British Council).

11
Recruter des conseillers et champions de haut niveau dans de multiples secteurs

Afin de mettre à contribution leur expertise et leurs réseaux, de sensibiliser les différentes parties prenantes et de servir d’ambassadeurs au Canada et à l’étranger (p. ex. le groupe consultatif et les champions du milieu des affaires du New Colombo Plan)

12
Mettre en place une plateforme ou un portail partagé

Afin d’offrir un guichet unique aux participants et aux parrains des programmes, y compris un centre de ressources en ligne offrant notamment des stages coop et professionnels (le New Colombo Plan est doté d’un portail pour les étudiants et les employeurs), ainsi qu’aux champions des programmes et aux réseaux de diplômés et d’entraide entre pairs.

5

Une approche pancanadienne pour une action concertée

À certains moments, les dirigeants sont interpellés pour fixer des objectifs nationaux et prendre les mesures voulues pour les atteindre. Nous traversons l’un de ces moments, où l’apprentissage mondial est reconnu comme un impératif national. Les gouvernements, les établissements d’enseignement, les employeurs et les étudiants ont tous un rôle essentiel à remplir.

Une approche pancanadienne devrait concrétiser l’ambition nationale, définir les cibles et les objectifs collectifs et mobiliser l’énergie de l’ensemble des secteurs. Elle devrait aussi offrir un moyen aux intervenants particuliers de mettre en commun leurs pratiques exemplaires, de préciser leurs engagements, de suivre les progrès et de sensibiliser la population à l’importance de l’éducation internationale.

Les différents programmes de mobilité au Canada et d’autres pays soulignent le caractère multisectoriel de l’éducation mondiale (figure 5.1). Le groupement de parties prenantes qui appuie et exécute les initiatives varie d’un programme à l’autre. De nombreuses modalités sont possibles, mais elles font toutes intervenir la collaboration intersectorielle.

Gouvernement fédéral : rassembleur, catalyseur et investisseur

Le Canada a intérêt clair et impérieux à diversifier les compétences et les expériences des jeunes Canadiens et à renforcer les connaissances et les relations internationales afin de réussir dans un monde de plus en plus complexe et compétitif. Les impératifs nationaux exigent un leadership national, surtout lorsque les progrès nécessitent la coopération de nombreuses parties prenantes.

Le gouvernement fédéral a un rôle déterminant à jouer dans la facilitation de cette coopération. Comme l’a récemment souligné le Conseil consultatif en matière de croissance économique du Canada relativement à la politique économique, le gouvernement fédéral doit assumer le rôle de rassembleur, de catalyseur et d’investisseur dans les dossiers d’importance nationale.19 Cela vaut également dans le dossier de l’éducation mondiale. Le gouvernement fédéral ne peut à lui seul concevoir, financer et mettre en œuvre une stratégie nationale sur l’apprentissage à l’étranger, mais son leadership – à titre de rassembleur, de catalyseur et d’investisseur – est indispensable. Aucune percée ne sera réalisée dans l’approche d’éducation mondiale du Canada – le changement radical dans le nombre d’étudiants canadiens qui étudient à l’étranger, l’augmentation sensible de ces étudiants qui se rendent dans les régions et les pays émergents et le recours à l’apprentissage à l’étranger pour progresser dans l’atteinte des objectifs de la croissance inclusive et de la mobilité sociale au Canada – à moins que le gouvernement fédéral prenne les devants.

Alors que les importants programmes de mobilité ont compté sur les partenariats multisectoriels, le rôle de direction centrale des gouvernements nationaux (ou dans le cas de l’Europe, la Commission européenne) est un facteur déterminant de ces initiatives. Le champion du New Colombo Plan de l’Australie, par exemple, est le ministre des Affaires étrangères de ce pays et il compte sur l’appui d’autres ministres du gouvernement australien. Dans le même ordre d’idées, l’initiative américaine 100,000 Strong China a été incubée dans le Secrétariat d’État.

Nous avons besoin du leadership d’Ottawa pour définir la visée stratégique de l’approche canadienne relative à l’éducation mondiale; pour établir les cibles et les objectifs nationaux en consultation avec nos partenaires; pour instaurer et mobiliser un partenariat multisectoriel afin d’atteindre ces objectifs; pour renforcer la cohérence et la connexité dans l’ensemble des établissements postsecondaires canadiens relativement à l’éducation mondiale; et pour mettre en place une plateforme nationale afin de suivre et d’évaluer le rendement et les résultats.

13
Le gouvernement fédéral doit prendre l’initiative pour élaborer et promouvoir une stratégie pancanadienne décennale relative à l’apprentissage à l’étranger.

La stratégie doit englober les cibles et objectifs particuliers définis dans une section antérieure du rapport, y compris instaurer l’initiative phare Expérience internationale Canada.

14
Former un conseil de direction sur l’éducation mondiale qui fera fonction d’organe de coordination de la Stratégie du Canada en matière d’éducation mondiale.

Les membres du conseil compteraient des représentants des gouvernements fédéral et provinciaux, du secteur privé, des universités et collèges canadiens, d’associations étudiantes
de même que des spécialistes en éducation internationale et d’autres intervenants.

Investissement stratégique

Une stratégie en matière d’éducation mondiale nécessitera une injection massive de fonds publics qui excéderont les investissements modestes et épisodiques qu’ont versés jusqu’à présent les gouvernements canadiens. Le coût est le principal obstacle à l’éducation internationale, surtout pour les étudiants moins nantis.

La majorité des importantes stratégies de mobilité étudiante d’autres pays a bénéficié de financement public substantiel, bien que les montants varient selon l’envergure du programme. À un extrême se situe le budget du programme Érasmus de l’Union européenne, se chiffrant à 18,2 G € (26,7 G CAD) pour la période de 2014 à 2020, qui finance la mobilité de centaines de milliers de jeunes Européens. Par contraste, le budget annuel du New Colombo Plan de l’Australie totalise un peu plus de 50 M AUD (environ 50 M CAD), qui finance chaque année 10 000 étudiants prenant part à des expériences internationales.

Les dons philanthropiques privés et les parrainages collectifs sont aussi des sources de financement de l’apprentissage à l’étranger. Selon un exemple parmi d’autres, une fondation privée établie par les associés directeurs de Cansbridge Capital à Vancouver s’est récemment engagée à appuyer le programme de la Fondation Asie-Pacifique à l’intention d’étudiants canadiens de premier cycle qui font des stages en Asie.

Toutefois, pour réaliser une percée dans le dossier de l’éducation mondiale au Canada, il faudra un important financement public, qui servira à catalyser les investissements d’autres sources.

15
Le gouvernement fédéral devrait faire un investissement catalyseur sur 10 ans dans l’initiative Expérience internationale Canada, à titre de pilier de la stratégie nationale en matière d’éducation mondiale.

La contribution fédérale estimative devrait mobiliser environ 75 M CAD par année, au cours des cinq premières années, afin d’atteindre les cibles fixées pour Expérience internationale Canada.

  • Cette somme serait proportionnelle à l’engagement annuel de 50 M AUD du gouvernement de l’Australie.
  • Les plans de dépenses doivent aussi répondre à l’augmentation du nombre d’étudiants qui se rendent à l’étranger, afin de remplir les objectifs de la stratégie au cours de la période restante de la décennie.

L’administration d’Expérience internationale Canada serait confiée à un tiers chargé de faciliter les investissements de nombreuses parties et de mettre en place une plateforme indépendante pour la collecte et l’évaluation des données. Des ressources dédiées seraient requises pour appuyer un secrétariat administrant Expérience internationale Canada.

16
Établir un fonds d’investissement pour l’initiative d’Expérience internationale Canada qui sera mis en place afin de recueillir les investissements stratégiques de fondations privées, de sociétés et d’autres bailleurs de fonds.
17
Le gouvernement fédéral doit également :
  • Incorporer les objectifs de l’éducation mondiale aux initiatives commerciales et diplomatiques du Canadapar Exemple, les négociations préliminaires sur le libre-échange avec la Chine et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est.
  • Cerner les occasions de recherche, de placements coop et de stages pour les étudiants dans les missions canadiennes et les activités à l’étranger.
  • Aider les étudiants à naviguer la complexité de stages à l’étranger et à réussir lors de ces stages, par exemple, tirer parti des capacités des missions canadiennes à l’étranger pour appuyer la connexion entre les étudiants et les pairs et communautés locales.
  • Inclure les opportunités d’éducation mondiale dans les initiatives existantes d’apprentissage intégré au travail du gouvernement fédéral.
Gouvernements provinciaux et territoriaux

Les gouvernements provinciaux et territoriaux seront des partenaires cruciaux de tout effort pancanadien consenti dans le dossier de l’apprentissage mondial. À titre de décisionnaires au chapitre des études postsecondaires et des programmes de marché du travail, les provinces ont favorisé l’internationalisation des universités, collèges et instituts sur leur territoire. Le Conseil des ministres de l’Éducation a aussi demandé d’accroître les opportunités pour les étudiants canadiens voulant étudier à l’étranger. Il a de bonnes raisons de le faire, car l’éducation mondiale s’inscrit dans les efforts des provinces visant à constituer une population active qualifiée et à étendre les relations, notamment dans les domaines du commerce et de l’investissement. L’Ontario, par exemple, a souligné l’importance de l’apprentissage expérientiel à tous les niveaux du système d’éducation, afin de constituer une main-d’œuvre hautement qualifiée. La Stratégie de croissance pour l’Atlantique vise à trouver, pour la région, de nouveaux débouchés sur les marchés internationaux. L’Initiative Asie-Pacifique de la Colombie-Britannique insiste sur le besoin de mettre en place des programmes d’études asiatiques dans les écoles secondaires et d’offrir aux étudiants de la province des occasions d’apprentissage en culture asiatique.

Bref, une stratégie nationale en matière d’éducation mondiale aiderait les provinces et territoires à atteindre leurs objectifs de développement économique, de commerce international, d’acquisition de compétences et d’apprentissage.

18
Les gouvernements provinciaux et territoriaux doivent :
  • Intégrer l’éducation mondiale à leurs approches de politique et de financement visant l’éducation postsecondaire, la recherche et l’innovation, de même que l’apprentissage expérientiel et en milieu de travail.
  • Intégrer à leurs stratégies d’internationalisation des objectifs ambitieux pour la mobilité académique internationale identiques ou supérieurs aux cibles nationales proposées.
  • Contribuer au fonds d’investissement de l’initiative Expérience internationale Canada.
Collèges, instituts et universités

Les établissements postsecondaires du Canada en ont fait depuis la dernière décennie pour adopter des stratégies d’internationalisation poussées et pour promouvoir l’éducation internationale, mais il reste beaucoup de travail à faire. Récemment, ils se sont surtout attachés à hausser le nombre d’étudiants étrangers, mais moins à accroître les opportunités pour les étudiants sortants. Dans les établissements postsecondaires qui ont le plus progressé, les dirigeants ont fixé des priorités et des objectifs, ont mis en place les soutiens administratifs requis, ont adopté des mécanismes de financement novateurs et ont mis à l’essai des « créneaux de mobilité » dans le calendrier scolaire.

De nombreux obstacles à la mobilité internationale des étudiants sont de nature administrative ou découlent des curriculums. Les professeurs jouent un rôle déterminant dans l’incitation (ou la désincitation) de la mobilité académique à travers la mise en place de parcours scolaires et la reconnaissance des crédits. Les universités et leur corps professoral doivent modifier les curriculums d’une vaste gamme de disciplines afin d’aider les étudiants à participer aux opportunités d’apprentissage international, à titre de composante intégrante de leurs programmes d’études.

19
Les établissements postsecondaires du Canada doivent :
  • Faire de l’éducation à l’étranger une partie intégrante et principale de leurs stratégies d’internationalisation.
  • Fixer des objectifs ambitieux pour la mobilité académique internationale qui atteignent ou excèdent la cible nationale proposée (un quart de tous les étudiants qui se rendent à l’étranger pour des expériences d’apprentissage à crédits et sans crédits au cours des 10 prochaines années).
  • Créer des parcours scolaires et des mécanismes de reconnaissance de crédits et des attestations d’études qui permettent aux étudiants de participer à des occasions d’apprentissage international.
  • Adopter des modèles de financement novateurs, comme l’affectation d’une partie des revenus provenant des droits de scolarité versés par les étudiants et solliciter les dons des diplômés.
  • Obtenir l’appui des gouvernements provinciaux pour l’apprentissage à l’étranger.
Entreprises

D’importants membres du milieu des affaires du Canada disent qu’ils recherchent les compétences que procure l’éducation mondiale et demandent aux établissements d’enseignement canadiens d’offrir plus de possibilités d’apprentissage expérientiel afin de préparer la population active future. Le secteur des affaires du Canada – y compris les petites et moyennes entreprises de même que celles de taille importante effectuant des activités mondiales – a aussi un rôle à jouer pour concrétiser la stratégie en matière d’éducation mondiale.

20
Les entreprises canadiennes doivent :
  • Promouvoir l’éducation mondiale à titre de bien collectif national.
  • Contribuer au fonds d’investissement d’Expérience internationale Canada ou parrainer des bourses d’études ou de mobilité.
  • Cerner les possibilités de stages de volontariat, de stages coop et de placements professionnels dans leurs bureaux à l’étranger.
Étudiants

Quant aux étudiants, ils doivent être sensibilisés aux défis qu’ils devront relever et à l’importance d’acquérir les compétences prisées à l’échelle mondiale dont ils ont besoin pour les relever. Ils ont aussi un rôle décisif à jouer dans la mise en œuvre de la stratégie et la préparation du Canada pour l’avenir. En particulier, le mentorat entre pairs s’est révélé un outil puissant pour encourager les étudiants à s’inscrire à des programmes d’études à l’étranger et leur offrir un soutien pendant leurs placements.

6

Conclusion

L’évolution rapide de la conjoncture mondiale procure des opportunités remarquables au Canada, mais suscite aussi des difficultés liées à la réalisation de son avenir. Comme nous l’avons vu, les économies émergentes exercent une plus grande influence dans les sphères économique et politique, le changement technologique altère la nature du travail et l’intolérance s’intensifie. La prochaine génération d’employés, d’innovateurs, d’entrepreneurs et de dirigeants des secteurs public et privé du Canada doit posséder les compétences, les connaissances et les visées requises pour réussir et prospérer dans un monde en rapide évolution.

L’éducation mondiale est un enjeu d’importance nationale, car elle peut contribuer à atteindre ces objectifs. L’apprentissage international fournit les compétences requises. L’appui des jeunes Canadiens pour qu’ils acquièrent une expérience internationale au cours de leurs études demande un investissement à long terme du Canada, à la fois dans la croissance et le potentiel d’innovation de son économie, sa société ouverte et inclusive, et sa capacité à faire valoir les valeurs et les intérêts canadiens touchant les affaires mondiales.

L’expérience ailleurs a démontré que les stratégies nationales comportant des cibles ambitieuses – qui sont dirigées par les gouvernements nationaux, mais qui reposent sur un partenariat entre le gouvernement, les établissements d’enseignement et le secteur privé – peuvent produire des résultats impressionnants. Il est maintenant temps d’investir dans les jeunes Canadiens. Leur avenir – et celui du Canada – en dépend.

Remerciements

Le Groupe d’étude est redevable à de nombreuses personnes et organisations – au Canada et à l’étranger – qui ont appuyé la réalisation de cette étude. Nous tenons particulièrement à remercier les personnes et organismes suivants :

  • le Centre d’études en politiques internationales de l’Université d’Ottawa, et l’École Munk des affaires internationales de l’Université de Toronto de leur soutien institutionnel;
  • Jessica Cadesky de son aide à la recherche, et Stéphanie Plante et Stéfanie Morris de leur soutien administratif;
  • la Banque Royale du Canada et LifeLabs Medical Laboratories des dons fournis pour diminuer les frais de publication de ce projet;
  • les nombreux spécialistes et intervenants que nous avons consultés au cours de nos délibérations;
  • le ministère des Affaires étrangères et du Commerce de l’Australie, de même que son Haut-Commissariat à Ottawa, d’avoir répondu à nos nombreuses questions sur le New Colombo Plan;
  • le très honorable David Johnston, ancien gouverneur général du Canada, qui a accueilli deux tables rondes sur l’éducation mondiale et de l’intérêt soutenu qu’il témoigne à l’apprentissage à l’étranger des jeunes Canadiens.

Résumé des recommandations

Objectifs Stratégiques

Les principaux objectifs de la stratégie en matière d’éducation mondiale proposée sont les suivants:

1
Favoriser la croissance économique à long terme et l’innovation au Canada par les moyens suivants:
  • Outiller les jeunes Canadiens pour assurer leur réussite dans la nouvelle économie.
  • Réduire les obstacles et créer des opportunités économiques pour les étudiants des milieux défavorisés.
  • Renforcer les réseaux de recherche et d’innovation.
2
Consolider la société ouverte et inclusive du Canada par les moyens suivants:
  • Affermir les valeurs d’ouverture et d’inclusivité qui sont essentielles pour le succès du Canada dans une société pluraliste.
  • Encourager la coopération interculturelle et internationale.
3
Resserrer les liens du Canada à l’échelle mondiale par les moyens suivants:
  • Affermir les relations avec les pays partenaires, y compris les puissances émergentes.
  • Préparer la prochaine génération de chefs de file canadiens possédant des compétences prisées à l’échelle mondiale et évoluant dans les secteurs public et privé.

Priorités

1
Accroître sensiblement le nombre d’étudiants postsecondaires canadiens qui étudient à l’étranger
  • Fixer une cible nationale, à savoir qu’au cours des dix prochaines années, un quart des étudiants postsecondaires canadiens se rendent à l’étranger pour des expériences d’apprentissage à crédits et sans crédits.
  • Établir une nouvelle initiative nationale – Expérience internationale Canada – pour aider, au cours des 5 prochaines années, 15 000 étudiants postsecondaires canadiens à étudier à l’étranger, ce nombre sera porté à 30 000 par année dans les 10 prochaines années.
2
Accroître sensiblement la proportion d’étudiants qui se rendent dans les pays émergents :
  • Fixer une cible que la moitié des étudiants participant à l’initiative Expérience internationale Canada se rendent dans les pays émergents au cours de la prochaine décennie.
  • Dresser une liste de régions ou de pays émergents prioritaires pour l’initiative Expérience internationale Canada.
  • Appuyer sensiblement la formation linguistique et culturelle pour aider les étudiants à poursuivre
3
Rendre l’apprentissage international accessible aux étudiants de tous les milieux :
  • Intégrer à l’initiative Expérience internationale Canada des programmes adaptés pour accroître la participation des populations à faible revenu et sous-représentées à l’éducation internationale.

Recommandations Supplémentaires

4
Appuyer différents types d’expériences d’apprentissage de diverses durées :
  • Mettre l’accent sur la qualité plutôt que sur le type d’expérience, ce qui peut comprendre :
    • les cours à crédits traditionnels soit d’une session ou d’une année;
    • la formation linguistique;
    • les stages d’études, les stages pratiques et les expériences d’apprentissage intégré au travail dans des entreprises du secteur privé, des organismes du secteur public et des organisations non gouvernementales;
    • les stages de recherche;
    • les échanges; et
    • les séjours d’études sur le terrain structurés d’une durée de quelques semaines à un an ou plus.
  • Établir des critères axés sur la qualité pour les expériences internationales afin de déterminer l’admissibilité au soutien aux termes de la stratégie.
5
Commencer par l’assurance de la qualité :
  • Créer une plateforme commune pour les établissements d’enseignement canadiens afin d’échanger de l’information sur les pratiques exemplaires aux fins de l’assurance de la qualité de leurs programmes d’apprentissage à l’étranger respectifs.
  • Établir des normes et des procédures communes pour qu’ils soient préparés adéquatement avant leur départ, qu’ils reçoivent un soutien pendant leur séjour à l’étranger et un suivi à leur retour.
6
Réduire les obstacles dans les universités, les collèges et les instituts canadiens :
  • Les établissements postsecondaires et leurs unités d’études  ont intérêt à mettre à jour leurs curriculums et à intégrer les opportunités d’apprentissage à l’étranger aux programmes d’études.
  • Adopter une approche plus flexible afin de reconnaître les expériences d’apprentissage à l’étranger et d’octroyer des crédits pour les études s’inscrivant dans les programmes d’études des étudiants.
  • Appuyer l’élaboration de nouvelles possibilités d’apprentissage à l’étranger sous la direction du corps professoral.
7
Améliorer la connaissance et l’intérêt des étudiants relativement aux possibilités d’apprentissage à l’étranger.
  • Déployer un effort soutenu et coordonné pour souligner la valeur de l’apprentissage international , y compris pour leur emploi futur.
  • Accorder une reconnaissance et une attestation d’études spéciale aux étudiants qui ont participé à Expérience internationale Canada.
  • Créer un réseau de diplômés  pour servir d’« ambassadeurs » de l’éducation mondiale auprès d’autres étudiants, y compris des niveaux primaire et secondaire.
8
Mettre en place un système national pour recueillir des données cohérentes et comparables sur la mobilité internationale des étudiants.
9
Établir un système de surveillance et d’évaluation pour l’initiative Expérience internationale Canada afin de l’évaluer et d’améliorer son impact et de mettre en place une base de données probantes à l’échelle du pays.
10
Créer une image de marque distinctive afin d’établir un objectif commun entre les parties prenantes et de favoriser la reconnaissance au pays et à l’étranger.
11
Recruter des conseillers et champions de haut niveau dans de multiples secteurs afin de mettre à contribution leur expertise et leurs réseaux, de sensibiliser et de servir d’ambassadeurs au Canada et à l’étranger.
12
Mettre en place une plateforme ou un portail partagé afin d’offrir un guichet unique aux participants et aux parrains des programmes et de servir de centre de ressources en ligne.

Une approche pancanadienne pour une action concertée

13
Le gouvernement fédéral doit prendre l’initiative pour élaborer et promouvoir une stratégie pancanadienne décennale relative à l’apprentissage mondial.
14
Former un conseil de direction sur l’éducation mondiale qui fera fonction d’organe de coordination de la Stratégie du Canada en matière d’éducation mondiale.
15
Le gouvernement fédéral doit faire un investissement catalyseur sur 10 ans dans l’initiative Expérience internationale Canada, à titre de pilier de la stratégie nationale en matière d’éducation mondiale.
16
Établir un fonds d’investissement pour l’initiative d’Expérience internationale Canada qui sera mis en place afin de recueillir les investissements stratégiques de fondations privées, de sociétés et d’autres bailleurs de fonds.
17
Le gouvernement fédéral doit également :
  • Incorporer les objectifs de l’éducation mondiale aux initiatives commerciales et diplomatiques du Canada.
  • Cerner les possibilités de recherche, de stages coop et de placements professionnels pour les étudiants dans les missions canadiennes et les activités à l’étranger.
  • Aider les étudiants à naviguer la complexité de stages à l’étranger et à réussir lors de ces stages, par exemple, tirer parti des capacités des missions canadiennes à l’étranger pour appuyer la connexion entre les étudiants et les pairs et communautés locales.Inclure les opportunités d’éducation mondiale dans les initiatives existantes d’apprentissage intégré au travail du gouvernement fédéral.
18
Les gouvernements provinciaux et territoriaux doivent :
  • Intégrer l’éducation mondiale à leurs approches de politique et de financement visant l’éducation postsecondaire, la recherche et l’innovation, de même  que l’apprentissage expérientiel et en milieu de travail.
  • Intégrer à leurs stratégies d’internationalisation des objectifs ambitieux pour la mobilité académique internationale identiques ou supérieurs aux cibles nationales proposées.
  • Contribuer au fonds d’investissement d’Expérience internationale Canada.
19
Les établissements postsecondaires du Canada doivent :
  • Faire de l’éducation à l’étranger une partie intégrante et incontournable de leurs stratégies d’internationalisation.
  • Fixer des objectifs ambitieux pour la mobilité académique internationale qui atteignent ou excèdent la cible nationale proposée, par exemple, un quart de tous les étudiants qui se rendent à l’étranger pour des expériences d’apprentissage à crédits et sans crédits dans les 10 prochaines années.
  • Créer des parcours scolaires et des mécanismes de reconnaissance de crédits et des attestations d’études qui permettent aux étudiants de participer à des occasions d’apprentissage à l’étranger.
  • Adopter des modèles de financement novateurs, comme l’affectation d’une partie des revenus provenant des droits de scolarité versés par les étudiants et solliciter les dons des diplômés.
  • Obtenir l’appui des gouvernements provinciaux pour l’apprentissage à l’étranger.
20
Les entreprises canadiennes doivent :
  • Promouvoir l’éducation mondiale à titre de bien collectif national.
  • Contribuer au fonds d’investissement d’Expérience internationale Canada ou parrainer des bourses d’études ou de mobilité.
  • Cerner les possibilités de stages de volontariat, de stages coop et de placements professionnels dans leurs bureaux à l’étranger

Endnotes

1

Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale (avril 2017). PIB mesuré sur la base de la parité des pouvoirs d’achat.

2

Universities UK International, “Gone International: Mobility Works – Report on the 2014-15 Graduating Cohort” (March 2017);Davina Potts, “Understanding the Early Career Benefits of Learning Abroad Programs,” Journal of Studies in International Education 19 (2015), 441-459; Wei Shi Lim, Yong Min Ho, Andrew T.S. Wee and Junhong Chu, “The Impact of Study Abroad Programmes on Graduate Employment Outcomes: A Propensity Score Matching Analysis,” National University of Singapore (December 27, 2016); European Commission, “Erasmus Impact Study: Effects of Mobility on the Skills and Employability of Students and the Internationalization of Higher Education Institutions” (Sept. 2014).

3

Union européenne, Erasmus Impact Study.

4

Universities UK International (2017).

5

Gouvernement de l’Ontario, Cadre stratégique pour l’apprentissage par l’expérience axé sur la communauté (hiver 2016); Comité d’experts de la première ministre pour le développement d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, Bâtir la main-d’œuvre de demain : une responsabilité partagée (juin 2016) (Ontario); Table ronde sur le milieu des affaires et l’enseignement supérieur, Taking the Pulse of Work-Integrated Learning in Canada (2016).

6

Institute of International Education, “Host Regions and Destinations of U.S. Study Abroad Students” (2016), http://www.iie.org/opendoors.

7

Gouvernement de l’Australie, New Colombo Plan Guidelines: Scholarship Program (2018).

8

Gouvernement de l’Australie, ministère de l’Éducation et de la Formation, International Mobility of Australian University Students: Research Snapshot (janvier 2017), https://internationaleducation.gov.au/research/Research-Snapshots/Documents/Outgoing%20international%20mobility_HE_2015.pdf.

9

Le rapport de 2012 du Comité consultatif sur la Stratégie du Canada en matière d’éducation internationale renfermait deux principales recommandations : 1) doubler, d’ici 2022, le nombre d’étudiants étrangers qui choisissent le Canada comme destination d’études; et 2) mettre en œuvre le Programme de mobilité internationale pour servir 50 000 étudiants canadiens par année d’ici 2022. Dans sa réponse de 2017 – Stratégie du Canada en matière d’éducation internationale – le gouvernement du Canada a adopté la première recommandation, mais a rejeté la seconde.

10

Entre 2006 et 2014, les sondages d’Universités Canada ont fait état d’une augmentation de 2,2 à 2,6 % du nombre annuel d’étudiants faisant des études à crédits à l’étranger. L’écart se situe cependant dans la marge d’erreur.

11

La mobilité des étudiants universitaires de premier cycle est un indicateur substitutif du rendement national global. Toutefois, faute de données, des comparaisons de la mobilité transnationale des étudiants de collèges et d’instituts n’ont pas été effectuées. Selon une estimation – le Bureau canadien de l’éducation internationale, Un monde à apprendre : résultats et potentiel du Canada en matière d’éducation internationale (2016) – environ 1 % de ces étudiants avaient eu une expérience d’apprentissage à l’étranger en 2014-2015, bien que le pourcentage de ceux qui se rendent à l’étranger durant leur programme d’études demeure incertain.

12

D’après l’UNESCO, en 2014, 2,0 % des Canadiens en âge de suivre des études supérieures étudiaient à l’étranger pour toute la durée de leur programme. Ce taux place le Canada derrière la Norvège (5,3 %), l’Allemagne (2,6 %) et la France (2,1 %), mais devant le Royaume-Uni (0,7 %) et les États-Unis (0,3 %). Source : http://data.uis.unesco.org/?lang=fr&SubSessionId=14d4b0c5-9790-4df9-ba3e-fbb5de68a59b&themetreeid=-200.

13

Résultat du sondage du Bureau canadien de l’éducation internationale, mené de mars à mai 2016 auprès de 1 600 étudiants postsecondaires, déclaré dans Un monde à apprendre, 2016.

14

PWC, The Long View: How Will the Global Economic Order Change by 2050? (février 2017).

15

Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale (avril 2017).

16

Bureau canadien de l’éducation internationale, Un monde à apprendre, 2016.

17

Différentes cibles peuvent être fixées pour les étudiants d’université et pour ceux de collèges et d’instituts, étant donné le faible nombre de ces derniers qui étudient à l’étranger.

18

Bureau canadien de l’éducation internationale, Un monde à apprendre : résultats et potentiel du Canada en matière d’éducation internationale (2016).

19

Conseil consultatif en matière de croissance économique, La voie vers la prospérité : Sommaire (6 février 2017).